Presque tous les drapeaux sont des rectangles, mais presque aucun n'est le même. Les proportions relèvent d'un vrai choix, façonné par l'imitation, le droit et le désir de se distinguer. Voici pourquoi les ratios varient autant.
La plupart des gens ne remarquent jamais la décision la plus élémentaire qui préside à tout drapeau, à savoir sa forme. Presque tous les drapeaux nationaux sont des rectangles, et pourtant presque aucun ne partage les mêmes proportions. Certains sont proches du carré, d'autres longs et bas, et quelques-uns se situent à de véritables extrêmes. C'est le monde du ratio, la relation entre la hauteur et la largeur d'un drapeau, et il est fixé avant même le choix de la moindre couleur ou étoile. Une fois qu'on le voit, on le remarque partout.
Le ratio d'un drapeau, c'est simplement sa hauteur comparée à sa largeur, et on l'écrit habituellement hauteur puis largeur. Un drapeau décrit comme 2:3 mesure deux unités de haut pour trois de large. Un drapeau décrit comme 1:2 est exactement deux fois plus large que haut. Le ratio est facile à négliger, mais il joue un vrai rôle. Un drapeau haut, presque carré, tend à paraître solide et cérémoniel, tandis qu'un drapeau long et bas semble fait pour flotter au vent. La forme donne le ton avant même que l'œil n'ait enregistré quoi que ce soit d'autre.
S'il fallait deviner les proportions d'un drapeau national pris au hasard, la réponse la plus sûre serait 2:3. C'est de très loin le ratio le plus répandu sur Terre, utilisé par la France, l'Italie, l'Argentine, le Japon, le Nigéria et des dizaines d'autres. Vient ensuite le 1:2, le rectangle plus long et plus élancé que privilégient le Royaume-Uni, l'Australie et une grande partie du Commonwealth. Deux raisons expliquent la domination de ces proportions. La première est l'imitation. Les drapeaux se propagent par copie, et les nouvelles nations avaient tendance à calquer leur bannière sur les puissances qu'elles connaissaient déjà, ce qui transmettait les proportions en même temps que le motif. La seconde tient simplement au fait qu'un rectangle 2:3 est proche des formes que l'œil humain trouve agréables, ce qui compte, car un drapeau doit se lire nettement de loin et paraître équilibré sur un mât.
Un drapeau a suscité une histoire que les amateurs répètent avec beaucoup d'affection, et elle mérite un examen attentif. On affirme que le Togo, dont le drapeau fut conçu par l'artiste Paul Ahyi, aurait été façonné autour du nombre d'or, cette proportion d'environ 1 pour 1,618 que les mathématiciens notent avec la lettre grecque phi et que les artistes poursuivent depuis des siècles. L'idée est belle, et elle est peut-être même vraie, mais elle n'est pas tranchée. La constitution togolaise décrit en détail les bandes du drapeau, son étoile et ses couleurs, et elle ne dit rien du tout des proportions. En conséquence, les sources divergent. Le vexillologue Whitney Smith notait le ratio autour de 3:5. D'autres donnent 2:3. Le nombre d'or est une troisième possibilité, largement répétée mais jamais réellement confirmée. Selon à qui l'on s'adresse, le drapeau du Togo est un rectangle 3:5 ordinaire ou un rectangle d'or parfait, et une partie de son charme tient à ce que personne ne peut trancher.
Seuls deux États souverains arborent un drapeau parfaitement carré, avec un ratio de 1:1. Le premier est la Suisse, dont le carré descend des bannières militaires médiévales et se lit comme neutre et compact. Le second est la Cité du Vatican, dont la proportion 1:1 a été confirmée le plus récemment dans sa Loi fondamentale de 2023. Un drapeau carré est un choix inhabituel, et dans les deux cas il accomplit un travail discret en refusant de ressembler à celui de quiconque.
À l'autre bout du spectre se trouve le Qatar, avec un ratio de 11:28. Son drapeau est plus de deux fois et demie plus large que haut, ce qui en fait le seul drapeau national dont la longueur dépasse le double de la hauteur. Placé à côté de n'importe quel autre, il paraît étiré, presque comme une bannière qui aurait continué sa route. Un extrême d'un autre genre revient au Salvador, et il faut être précis ici, car le Salvador possède en réalité trois drapeaux officiels. La version que la plupart des gens voient, hissée par les citoyens et lors des fêtes, est un simple 3:5. La version cérémonielle, appelée Bandera Magna, qui porte les armoiries nationales complètes et sert aussi de drapeau de guerre, est fixée au ratio inhabituel de 189:335. Ce nombre curieusement exact existe parce qu'une loi l'a un jour écrit à la fraction près sans plus jamais le lâcher. La plupart des Salvadoriens hissent le 3:5 bien rangé, tandis que l'État réserve l'étrange pour ses plus grandes occasions.
Les États-Unis ont leur propre singularité discrète, un ratio de 10:19 fixé pour le drapeau officiel du gouvernement, une proportion peu commune conservée comme marque de continuité.
Vient enfin le Népal, qui écarte tout le principe. C'est le seul drapeau national au monde qui ne soit pas un rectangle. Deux fanions triangulaires superposés forment une figure à cinq côtés, plus haute que large. Ses proportions ne sont pas données par un simple ratio. Elles suivent au contraire une construction géométrique, exposée étape par étape dans la loi népalaise, qui produit un nombre irrationnel plutôt qu'une fraction nette. Les deux pics évoquent l'Himalaya, et le soleil et la lune expriment le vœu que la nation dure aussi longtemps qu'eux.
Le Népal pose un vrai problème à un groupe bien précis, les fonctionnaires chargés de disposer les drapeaux dans les organisations internationales. À l'Organisation des Nations unies et à l'Union européenne, les drapeaux sont hissés à une hauteur uniforme, en rectangles assortis, pour qu'aucun pays ne paraisse plus grand ou plus petit qu'un autre. La Suisse, le Vatican et le Népal brisent tous cette grille, si bien que chacun fait l'objet d'un traitement soigné qui préserve sa forme réelle tout en ajustant la hauteur pour que tout l'alignement reste régulier.
La forme d'un drapeau n'est jamais qu'une affaire de géométrie. Elle reflète un héritage, au sens de savoir quel drapeau un pays a choisi de copier. Elle reflète le droit, au sens de ce qu'un texte fondateur a précisé, parfois jusqu'à la dernière fraction. Et elle reflète une identité, au sens de savoir si une nation a voulu ressembler à tout le monde ou a préféré se distinguer. La plupart des pays se sont arrêtés au rectangle familier et sont passés à autre chose. Quelques audacieux ont choisi d'être différents, et leurs proportions annoncent ce choix avant même que le spectateur n'ait enregistré la moindre couleur, bande ou étoile. La forme arrive la première.
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