Il n'existe pas deux drapeaux nationaux identiques au monde, mais certains s'en approchent dangereusement. Voici dix paires qui piègent presque tout le monde, et le détail qui permet de les départager.
Il existe une règle rassurante en vexillologie : deux États souverains ne peuvent pas arborer exactement le même drapeau. Chaque dessin est, en principe, distinctif.
En pratique, ce « en principe » travaille beaucoup. Certains drapeaux ne diffèrent que par une nuance de bleu. D'autres par une proportion imperceptible sans règle. Quelques-uns reprennent les trois mêmes couleurs, simplement empilées dans l'ordre inverse. Si vous avez déjà hésité devant une cérémonie d'ouverture olympique, ce n'était pas de la distraction: vous vous heurtiez à de vrais problèmes de design.
Voici les dix paires qui posent le plus de difficultés, et le détail unique qui résout chacune.

C'est la paire la plus difficile de la liste, et de loin. Les deux drapeaux sont des tricolores verticaux bleu-jaune-rouge, dans le même ordre, au même ratio 2:3. La seule différence tient au bleu : celui du Tchad est un indigo plus profond, celui de la Roumanie un cobalt plus lumineux.
Côte à côte, on la perçoit tout juste. Photographiés séparément, sous une lumière différente, sur un tissu différent, c'est impossible. Les spécifications officielles donnent Pantone 281 pour le Tchad et Pantone 280 pour la Roumanie.
Le tricolore roumain remonte aux mouvements révolutionnaires de 1848. Le Tchad a adopté le sien le 6 novembre 1959, peu avant l'indépendance. Les deux ne sont devenus quasi identiques qu'en décembre 1989, quand la Roumanie a retiré les armoiries socialistes que le régime de Ceaușescu avait placées dans la bande centrale. Le Tchad a saisi les Nations unies en 2004 ; la Roumanie a refusé de changer, invoquant plus d'un siècle d'antériorité.
Comment les distinguer : globalement, on ne peut pas. Si le bleu tire vers le marine, penchez pour le Tchad.
Moyen mnémotechnique : Tchad = chaud: c'est le Tchad qui porte le bleu le plus sombre.

Deux tricolores horizontaux : rouge en haut, blanc au milieu, bleu en bas. Le bleu néerlandais est un cobalt profond et celui du Luxembourg, un bleu ciel nettement plus clair. Les proportions diffèrent aussi, 2:3 pour les Pays-Bas, 3:5 pour le Luxembourg mais personne ne sort son mètre au stade.
Comment les distinguer : bleu pâle, c'est le Luxembourg. Bleu foncé, ce sont les Pays-Bas.
Moyen mnémotechnique : Lux = lumière. Le nom du Luxembourg commence par lux et son bleu est le plus clair.

L'Indonésie et Monaco sont tous deux simplement rouge sur blanc. La différence est la proportion : Monaco est trapu en 4:5, l'Indonésie plus large en 2:3. C'est tout. Les deux pays revendiquent une ancienneté considérable et aucun n'envisage de changer.
La Pologne appartient au même groupe, mais elle est plus facile : elle est blanche sur rouge exactement l'inverse.
Comment les distinguer : blanc en haut, c'est la Pologne. Rouge en haut et presque carré, Monaco. Rouge en haut et allongé, l'Indonésie.
Moyen mnémotechnique : Monaco est un micro-État. Le deuxième plus petit pays du monde a le drapeau le plus trapu ; l'Indonésie, étirée sur des milliers d'îles, a le plus allongé. Et la Pologne ? La neige est toujours en haut.

La Moldavie reprend le même tricolore vertical bleu-jaune-rouge que la Roumanie, reflet d'une langue et d'une histoire partagées. La différence tient à un emblème : la Moldavie porte un aigle doré tenant un écu au centre de la bande jaune. Retirez-le, et les deux drapeaux deviennent identiques.
Comment les distinguer : un aigle au milieu, c'est la Moldavie. Rien au milieu, c'est la Roumanie.
Moyen mnémotechnique : Moldavie = médaille au milieu. Trois « M », un emblème. La Roumanie, elle, garde le milieu vide.

Deux tricolores verticaux vert, blanc et orange. L'Irlande place le vert à la hampe, l'orange au flottant. La Côte d'Ivoire fait l'inverse : orange à la hampe, vert au flottant.
Les couleurs y disent des choses radicalement différentes : en Irlande, le vert pour la tradition gaélique, l'orange pour l'Ulster protestant, le blanc pour la paix entre les deux ; en Côte d'Ivoire, l'orange pour la savane, le vert pour la forêt.
Comment les distinguer : le vert le plus près du mât, c'est l'Irlande.
Moyen mnémotechnique : L'Irlande, c'est l'Île d'Émeraude : le vert ouvre la marche. C'est aussi le plus allongé des deux, 1:2 contre 2:3 pour la Côte d'Ivoire. Une longue île verte, un long drapeau qui commence par le vert.

Deux croix scandinaves à trois couleurs : rouge, blanc et bleu. La Norvège est un champ rouge portant une croix bleue bordée de blanc. L'Islande est un champ bleu portant une croix rouge bordée de blanc. Le blanc reste le liseré dans les deux cas ; le fond et la croix échangent simplement leurs places.
Comment les distinguer : fond rouge, la Norvège. Fond bleu, l'Islande.
Moyen mnémotechnique : L'Islande, c'est la glace. La glace est bleue : le fond bleu est islandais. La Norvège hérite du chaud.

Les deux portent l'Union Jack au canton et la Croix du Sud au flottant. La Nouvelle-Zélande affiche quatre étoiles rouges bordées de blanc. L'Australie en affiche six blanches : les cinq de la Croix du Sud, plus la grande étoile du Commonwealth à sept branches sous l'Union Jack.
Comment les distinguer : étoiles rouges, la Nouvelle-Zélande. Étoiles blanches et une grosse en plus, l'Australie. Le débat sur cette ressemblance est assez ancien pour que la Nouvelle-Zélande ait organisé un référendum national en deux tours en 2015-2016 et voté pour conserver son drapeau.
Moyen mnémotechnique : Six étoiles, six États. L'Australie compte six États et six étoiles. La Nouvelle-Zélande s'arrête à quatre et les peint en rouge. (Le six-et-six est une coïncidence commode, pas le symbolisme officiel.)

Les trois sont des tricolores horizontaux jaune, bleu et rouge, avec une bande jaune surdimensionnée. Ce n'est pas un hasard : les trois faisaient partie de la Grande Colombie, la fédération fondée par Simón Bolívar qui exista de 1819 à 1831, et tous ont conservé ses couleurs après sa dissolution.
Celui de la Colombie est nu. Le Venezuela ajoute un arc de huit étoiles blanches. L'Équateur ajoute ses armoiries au centre: un condor au-dessus d'une montagne et d'un navire à vapeur.
Comment les distinguer : rien d'ajouté, la Colombie. Des étoiles, le Venezuela. Des armoiries chargées, l'Équateur.
Moyen mnémotechnique : La Colombie, c'est l'Eldorado. Le pays de l'or donne au jaune la moitié du drapeau. Le Venezuela partage ses trois bandes à égalité et ajoute les étoiles.

Les trois sont des tricolores verticaux aux couleurs panafricaines vert, jaune et rouge. Le Sénégal et le Mali partagent le même ordre: vert, jaune, rouge mais le Sénégal ajoute une étoile verte à cinq branches au centre. La Guinée inverse complètement l'ordre : rouge, jaune, vert.
Comment les distinguer : une étoile au milieu, le Sénégal. Pas d'étoile, le Mali. Le rouge près du mât, la Guinée.
Moyen mnémotechnique : Le Sénégal a Son étoile. Deux « S », une étoile. Le Mali n'en a pas, et la Guinée marche à l'envers.

Trois bandes horizontales blanche, bleue et rouge, dans cet ordre, pour les trois. La Russie les arbore nues. La Slovaquie et la Slovénie ajoutent chacune des armoiries mais à des emplacements différents et avec un contenu différent. Celles de la Slovaquie se placent près de la hampe et montrent une double croix blanche sur trois collines bleues. Celles de la Slovénie occupent le coin supérieur près de la hampe et montrent le mont Triglav surmonté de trois étoiles.
Comment les distinguer : aucun emblème, la Russie. Une double croix, la Slovaquie. Une montagne, la Slovénie.
Moyen mnémotechnique : Slovaquie = écu, Slovénie = sommet, Russie = rien. Un blason, une montagne, ou rien du tout.
Presque toutes les collisions de cette liste ont une cause, et il s'agit rarement du hasard.
Certaines paires forment des familles. Les couleurs panslaves descendent du tricolore russe ; les couleurs panafricaines de l'Éthiopie, qui conserva son indépendance pendant l'ère du partage européen ; le trio de la Grande Colombie d'une fédération unique éclatée en trois. Ces drapeaux se ressemblent parce que les pays ont choisi de signaler une parenté. La ressemblance est le message.
D'autres paires sont des accidents d'un espace de design étroit. Si l'on se limite à trois bandes horizontales et à la poignée de couleurs qui se teignent bien et se lisent de loin, le nombre de drapeaux possibles n'est pas immense. Le Tchad et la Roumanie ne se sont pas copiés. Ils sont arrivés au même endroit indépendamment, depuis deux extrémités du monde.
Quelques-unes, enfin, sont simplement le prix du bon design. Les recommandations de la North American Vexillological Association tiennent en peu de mots : rester simple, limiter la palette, éviter le lettrage, viser un symbolisme signifiant. Suivez ces règles fidèlement et vous convergez vers un petit ensemble de solutions fortes, ce qui est précisément la façon dont on se retrouve avec des voisins qui ressemblent à des frères.
La distinctivité, il se trouve, est la plus difficile des règles de design à satisfaire. C'est aussi celle qui compte le plus quand un drapeau flotte à l'autre bout d'un stade.